La nouvelle internationale fasciste. Généalogies et perspectives contre-hégémoniques

Ugo PALHETA et Rodrigo NUNES

mercredi 8 avril 2026

18h-20h30, MSE, Salle 114, premier étage

alternative text

La sixième séance du séminaire Capitalisme cognitif 2025-2026 aura lieu le mercredi 8 avril 2026 de 18h à 20h30 à la MSE, salle 114, premier étage.

Ugo PALHETA, maître de conférences en sociologie, Université de Lille

Rodrigo NUNES, Senior Lecturer en théorie politique, University of Essex

Titre et résumé des communications de nos intervenant.e.s

Rodrigo Nunes, Senior Lecturer in Political Theory and Organization, University of Essex

La grande imposture du virage à droite : extrême droite et esprit d'entreprise

Pour qu’une coalition interclassiste ait pu porter l’extrême droite au pouvoir dans plusieurs pays, il a fallu que certains signifiants produisent des formes d’identification entre des secteurs sociaux hétérogènes. Dans des contextes comme le Brésil, l’Argentine ou les États-Unis, celui d’« entrepreneur » a été l’un des plus importants. Il est particulièrement apte à jouer ce rôle, dans la mesure où il recouvre des réalités très diverses — du cadre dirigeant au travailleur informel, du commerçant au petit opérateur financier — mais aussi parce qu’il renvoie, en tant qu’objet d’aspiration, autant au désir qu’à la réalité. Cependant, le lien entre l’extrême droite et l’entrepreneuriat n’est pas seulement discursif ou rhétorique. Il convient plutôt de considérer l’organisation contemporaine de l’extrême droite comme un phénomène entrepreneurial à part entière : un écosystème distribué d’acteurs pour lesquels l’agitation constitue une forme d’activité économique, et qui compense largement l’absence des formes d’organisation de masse caractéristiques du fascisme historique. L’émergence de ces entrepreneurs politiques témoigne, à son tour, de transformations sociales plus larges liées à l’assetisation et à la montée de l’économie de l’attention, qui sont en train de redéfinir le sens même de l’entrepreneuriat — transformations que la droite a su exploiter avec une particulière efficacité.

Ugo Palheta, MDC en sociologie, Université de Lille

Du « dernier rempart » à la contre-révolution préventive : prendre le fascisme au sérieux

Le fascisme est entouré de nombreux mythes rétrospectifs et d’idées fausses. Le mythe le plus grotesque se trouve assurément du côté des droites, qui font du fascisme un mouvement de gauche et socialiste, car étatiste et plébéien. Mais on trouve quelques mythes tenaces à gauche, notamment celui du « dernier rempart ». Le fascisme ne serait guère que le bras armé mobilisé par le capital – ou plus largement les classes possédantes – lorsqu’ils feraient face à un soulèvement en cours ou une imminente révolution. Or, si le fascisme a bien fonctionné comme milice patronale à divers moments de son histoire, il ne saurait être réduit à cette dimension et les fascistes n’ont généralement pas accédé au pouvoir dans un contexte révolutionnaire. Le fascisme a en outre existé idéologiquement avant de se donner une forme organisée et après sa défaite, qui a pulvérisé ou marginalisé ses organisations. À partir des années 1970, le fascisme s’est transformé puis développé sous des formes nouvelles et diverses, adaptées à un environnement profondément transformé, à bonne distance du parti-milice de masse des années 1920-30. Il importe donc de reprendre le travail de conceptualisation du fascisme, des fascismes classiques aux extrêmes droites contemporaines, et reposer la question des conditions et processus qui permettent à la fois la progression des fascistes et la fascisation de l’État. Se pose aussi la question des dimensions internationale et transnationale du fascisme, dans un contexte d’instabilité hégémonique et de rivalités inter-impérialistes croissantes.

La vidéo de la séance

Toutes les séances…