IA et automatisation du travail cognitif
Luca PALTRINIERI et Anne ALOMBERT
jeudi 29 janvier 2025
18h-20h30, MSE, Salle 114, premier étage

La troisième séance du séminaire Capitalisme cognitif 2025-2026 aura lieu le jeudi 29 janvier 2026 de 18h à 20h30 à la MSE, salle 114, premier étage.
Luca PALTRINIERI, maitre de conférences en philosophie, Université de Rennes
Anne ALOMBERT, maitresse de conférences en philosophie, Université Paris 8
Titre et résumé des communications de nos intervenant.e.s
Luca Paltrinieri - Interpassivité et IA : quelques hypothèses
Au cours de cette intervention seront brièvement présentées une partie des recherches en cours du groupe ERNST. On définira l’intelligence artificielle non comme une intelligence autonome, mais comme un dispositif technique d’extériorisation de fonctions symboliques, capable de produire, sélectionner et ordonner des traces en lieu et place des sujets. L’avénement des LLM concerne par conséquent moins l’histoire de l’intelligence que celle da la communication et plus généralement de la production symbolique qui précède la subjectivité et les agentivités humaines. En produisant des traces qui ne correspondent à aucun événement, l’IA générative révèle d’une parte la nature spectrale de toute trace, de l’autre soulage le sujet humain de l’acte symbolique tout en prenant en charge untype particulier de travail cognitif pré-subjectif : le travail de la croyance.
Le groupe ERNST (Etudes et Recherches sur le Numérique, la Spectralité et les Traces) est un ensemble de non-agents, humains et inhumains, qui préfèrent ne pas. Ses recherches portent sur la mélancolie de la trace, l’interpassivité des foules numériques, et l’IAisation du monde.
Anne Alombert - La misère symbolique de l'IA générative : capitalisme linguistique et prolétarisation noétique
Dans cette communication, je proposerai d'interroger le stade actuel de l'automatisation numérique à partir des réflexions de Bernard Stiegler sur le capitalisme computationnel. Dans cette optique, lesdites "intelligences artificielles génératives" seront comprises comme de nouveaux types d'automates probabilistes, impliquant l'extériorisation de certaines activités et fonctions noétiques - en l'occurrence, les activités d'expression, de synthèse et d'interprétation, qui reposent sur la mémoire et l'imagination. J'envisagerai les conséquences psychiques, sociales et politiques de ces nouvelles "industries culturelles" numériques : je suggérerai qu'elles engendrent des phénomènes de "prolétarisation expressive" et de "misère symbolique", tout en soutenant de nouvelles formes de "psychopouvoir" et de "neuropouvoir", directement exercées sur les cerveaux et les pensées depuis les laboratoires de "captologie" des entreprises de la Silicon Valley. Outre ses effets économiques, "l'automatisation du travail cognitif" implique aussi une production industrielle d'insignifiance et des régimes de contrôle inédits, qui pourraient menacer la vie politique comme la vie de l'esprit.