Géoéconomie de l'internet : communalisation et souveraineté numérique

Cecilia RIKAP et Benjamin BÜRBAUMER

jeudi 12 février 2026

18h-20h30, MSE, Salle 114, premier étage

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La quatrième séance du séminaire Capitalisme cognitif 2025-2026 aura lieu le jeudi 12 février 2026 de 18h à 20h30 à la MSE, salle 114, premier étage.

Cecilia RIKAP, professeure en économie, University College London

Benjamin BÜRBAUMER, maitre de conférences en économie, Sciences Po Bordeaux

Titre et résumé des communications de nos intervenant.e.s

Cecilia Rikap - Pouvoir corporatif, monopolisation intellectuelle et géopolitique à l’ère de l’IA

Il y a un an, la présence des fondateurs et PDG des Big Tech au premier rang lors de l’investiture de Trump signalait l’existence d’une coalition dirigeante capable de contrôler presque toute organisation et tout État devenant dépendant de leurs technologies d’IA et, plus largement, de leurs technologies numériques. Compte tenu du caractère central de ces technologies, cette alliance entre superpuissances étatiques et corporatives est stratégiquement positionnée pour exercer une domination mondiale -à l’exception de quelques espaces découplés, notamment la Chine- en contrôlant la production sociale de l’information et du savoir sous toutes ses formes, depuis la construction des récits sur les réseaux sociaux jusqu’aux technologies d’IA avancées destinées à la guerre et à la surveillance. Cette coalition est de fait prête à renforcer davantage la suprématie militaire, politique et économique des États-Unis, tout en permettant aux géants du numérique d’étendre leur contrôle sur l’ensemble de l’écosystème technologique au-delà de la propriété, de favoriser l’adoption massive de leurs technologies et de contourner les efforts de régulation tant aux États-Unis qu’ailleurs. Cette présentation analysera ainsi pourquoi les entreprises des Big Tech se distinguent des autres formes de pouvoir corporatif et comment, conjointement avec le gouvernement des États-Unis, elles gouvernent le capitalisme occidental et les acteurs politiques.

Benjamin Bürbaumer - Rapport Draghi : pointe avancée de la stratégie européenne, pointe avancée de l'aveuglement numérique

Donald Trump secoue l’Europe. Sa politique déstabilise profondément l’environnement économique international sur lequel l’Union européenne s’est construite. Ce constat décuple l’importance du rapport Draghi. Ce dernier représente le point culminant de la pensée stratégique européenne actuelle et entend redonner une boussole à une Union européenne bâtie sur le présupposé d’un marché mondial ouvert. Le rapport tire la sonnette d’alarme : en matière de développement économique et technologique, depuis plus de 20 ans l’écart ne cesse de se creuser entre l’UE d’un côté et les Etats-Unis et la Chine de l’autre. Comme si cette mauvaise nouvelle ne suffisait pas, l’intensification des tensions entre les deux grandes puissances transforme les interdépendances économiques de l’UE en source de vulnérabilités politiques. Pourtant, à l’heure où Washington et Pékin tracent très activement « les lignées du 21e siècle », le rapport Draghi a peu de chances de sortir les européens de leur état d’aveuglement géoéconomique. Car Draghi lui-même en est toujours atteint. En recommandant toujours plus de libéralisation, il ignore à la fois les raisons du succès de la Silicon Valley et les facteurs de la montée en puissance du numérique chinois. Plus largement, il échoue à comprendre que la rivalité sino-américaine n’est pas simplement un antagonisme sectoriel, mais une bataille pour le contrôle des infrastructures de l’économie mondiale.

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