(Re)composition de classe et infrastructures du commun : dans la boîte noire du capitalisme logistique

Into the Black Box, Carlotta BENVEGNÙ et Jamie WOODCOCK

mercredi 25 mars 2026

18h-20h30, MSE, Salle 114, premier étage

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Into the Black Box, collectif de recherche sur la logistique, l'espace et le travail

Carlotta BENVEGNU, maîtresse de conférences en sociologie, Université d'Évry Paris-Saclay

Jamie WOODCOCK, Senior Lecturer en économie numérique, King's College London

Titre et résumé des communications de nos intervenant.e.s

Into the Black Box - Métropole logistique, luttes transurbaines et contre-logistique

Dans cet exposé, nous proposons une lecture critique du devenir de la métropole des années 1970 à aujourd’hui, à travers le prisme des luttes logistiques, considérées comme des laboratoires de subjectivation et des dispositifs de conflit dans le capitalisme global. La clé de lecture est que la logistique n’est pas seulement une infrastructure ou une technologie, mais la grammaire de la métropole contemporaine, déterminant les espaces, les temporalités et les rapports sociaux. Au lieu de la distinction entre local et global, nous proposons le concept de « transurbain » afin de comprendre la connectivité qui relie aujourd’hui les espaces métropolitains de manière transversale et rapide. À partir de la thèse opéraïste du passage de la « fabrique à la métropole », nous montrons comment la transformation des processus productifs et des espaces urbains – de la chaîne de montage aux plateformes logistiques globales – constitue un terrain central de conflit et d’expérimentation politique. Par exemple, les processus de touristification nous montrent clairement ce lien entre les espaces urbains, les plateformes et la logistique. L’analyse des luttes dans la logistique, des conflits des travailleurs et travailleuses des plateformes numériques et des résistances contre la logistique de guerre dans la Palestine globale permet de tracer un fil entre le passé, le présent et le futur de la métropole en lutte.

Carlotta Benvegnù - Capitalisme logistique. Le retour de l’usine ?

Le développement du secteur de la logistique est le moteur de transformations des géographies urbaines et du travail. D’anciens sites industriels se transforment en hubs de circulation : le monde industriel cède le pas à un monde logistique. Ironie du capitalisme : alors qu’elle avait d’abord servi à fragmenter et à disperser les anciennes concentrations ouvrières, la logistique contribue à les recréer, dans des entrepôts, des plateformes et des centres de tri qui emploient de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers. Cette dynamique alimente les espoirs de celles et ceux qui pensent pouvoir retrouver, dans ces « usines à colis », les potentialités politiques des anciens bastions industriels et, avec eux, la figure politique de l’ouvrier d’usine. L’organisation du travail au sein des entrepôts semble d’ailleurs confirmer cette thèse : l’introduction de nouvelles technologies et du management algorithmique n’a fait que renforcer le caractère industriel du travail, souvent assimilé à du néo-taylorisme, voire du néo-fordisme. La question qui se pose est donc la suivante : avec le développement de la logistique, l’usine est-elle de retour ? Cette idée se heurte à deux limites principales. Premièrement, la forme-usine n’est plus aujourd’hui au centre du processus de valorisation : d’autres logiques, souvent extractives, sont désormais au cœur du modèle économique et la production est désormais désarticulée le long des chaînes logistiques. Deuxièmement, l’entreprise et le lieu de travail ne constituent plus le lieu exclusif ni central de la conflictualité.

Jamie Woodcock - La composition de classe aujourd’hui : composition de classe et rôle de la théorie

Au cours de la dernière décennie, on a assisté à un regain d’intérêt pour le marxisme et pour l’importance des expériences des travailleurs et travailleuses dans la compréhension du capitalisme. Une partie de ces démarches a cherché à reconnecter la gauche avec l’expérience vécue du travail à travers la conduite d’enquêtes ouvrières ou d’autres formes de co-recherche. Dans d’autres cas, les apports de traditions tels que l'opéraïsme ont fait l’objet de réexamens critiques. Des désaccords persistent toutefois quant à l’héritage de ces traditions d’enquête et de la notion de composition de classe. Ces divergences tiennent en partie aux trajectoires suivies par leurs participants après leur engagement dans ces luttes, ainsi qu’aux ruptures théoriques et politiques qui ont marqué leur évolution. Il est clair, en tout cas, que l’expérience des travailleurs — en particulier dans son rapport aux institutions de la vie et des luttes de la classe ouvrière — s’est profondément transformée. Dans ces conditions, les enquêtes ou les démarches de co-recherche doivent souvent partir d’une situation initiale de désorganisation et de fragmentation. Cet article examine dans quelle mesure une théorie de la composition de classe peut constituer un outil pertinent pour comprendre les luttes contemporaines et y intervenir. Il analyse la manière dont ce concept a été retravaillé dans des revues telles que Viewpoint, Long Haul et Notes from Below, notamment à travers l’introduction de la notion de composition sociale, et met en évidence les défis que pose l’élaboration théorique plus systématique d’une théorie de la composition de classe.

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